Chapitre VIII


Olya redescendit ravie de ce gîte douillet, me prit par la main et me dit :
- Allez viens, on va faire un petit tour dans ce patelin. On se prend un sandwich et ensuite on va faire un grand tour dans le parc !
- C’est une proposition qui me parait bien sympathique ! Et puis ce soir, on dormira bien après cette balade !
Arpentant les ruelles pittoresques, nous voilà tous les deux étonnés de la qualité de vie de ces ruraux. Le regard interrogateur presque voyeur des commerçants à notre encontre me dérangea fortement, mais peut-être n’était-ce qu’un juste retour des choses puisque nous le faisions aussi. Ils devaient se dire : « Tiens ! De nouveaux touristes » et cela pouvait justifier cette curiosité soutenue.
En parcourant les chemins du parc, je sortis une documentation sur la Chevreuse que je m’étais imprimé et m’inspirais du vécu historique de la région. Olya chantonnait :
- Promenons-nous dans le bois …. Quand le loup n’y est pas !
- Olya je te préviens, si le loup se pointe, je détale comme un lapin !
Dans un grand éclat de rire nous avons traversé une petite clairière. Soudain face à nous, un cerf majestueux apparut. Il nous observa puis il s’en alla, d’un pas régulier, en nous dévisageant. Touristes nous étions devenus intrus à son égard. Mais quel spectacle magnifique. Cela nous laissa bouche bée sur la beauté de cet évènement et de ce lieu.
Puis, toujours documents à la main, j’entrepris d’en faire la lecture.
- C’est incroyable Olya chérie, cet endroit recèle de nombreux sites archéologiques, préhistoriques, celtes et gallo-romains ! Il semblerait même que les carrières ont fourni les pavés de grès des rues de Paris !
- Et il n’y a rien sur le château que l’on aperçoit sur les hauteurs ?
- Si, si, attends, ils disent que c’est le château de la Madeleine et qu’il fut construit au milieu du XIe siècle. On pourrait le visiter demain ?
- Demain ? …. C’est une bonne idée, après une bonne nuit de sommeil !
De retour devant la maison, Olya me fit une grande révérence en me disant :
- Si Monseigneur veut bien ouvrir son logis seigneurial !
- Je peux pas !.... C’est toi qui a les clés !
- Ah ! Zut c’est vrai !
- Chut !!! Ne rions pas trop fort sinon mémé va nous gronder !
Il ne nous en fallait pas plus pour voir les larmes de rire perler sur nos joues.
Olya s’endormit immédiatement. Ne trouvant le sommeil je décidai de m’installer devant la cheminée. Olya avait raison, cette cheminée accepterait facilement un cochon à la broche. En m’approchant, je m’aperçus que les pieds-droits joliment ouvragés supportaient le manteau de la cheminée au centre duquel était sculpté un écusson armoyé. Puis je me dis : « Assez rêvassé, au dodo, c’est plus que l’heure ».
Trois heures s’écoulèrent quand un bruit sourd me sortit de mon sommeil. Mon premier réflexe fut d’aller à la fenêtre. De là, je pus observer des personnes qui déambulaient torches à la main, vêtues de je ne sais quoi, enfin vêtues bizarrement, car la nuit ne prête pas à ce type d’observation. L’une d’entre elles s’approcha, leva son bras et grâce à sa lanterne je pus cette fois-ci distinguer sur sa tête un bonnet rouge. Je retournai me coucher en pensant que les gens du coin avaient vraiment une dégaine hors du commun.
Le lendemain matin :
- Bonjour ma chérie ! Tu as sûrement bien dormi vu que les bruits ne t’ont pas réveillée !
- Quels bruits ?
- Cette nuit ! Dehors ! Des personnes qui se baladaient avec des lanternes !
- Des torches tu veux dire ?
- Non des lanternes, j’en suis certain !
- Tu sais Greg, dans un milieu rural ils n’ont peut-être pas d’autres moyens, et puis à proximité du Parc, vas savoir, ils surveillent …. Parle-moi plutôt du château que nous allons visiter !
- O.k., donc ce château, occupé par les Anglais pendant la guerre de Cent Ans représente un enjeu disputé au cours du Moyen-âge. Au XVIe siècle, la baronnerie de Chevreuse est érigée en duché par François Ier pour sa favorite Anne de Pisseleu. Ensuite Louis XIV acquiert le château et le cède aux Dames de Saint-Cyr. On en apprendra sûrement un peu plus là-bas !
- Eh bien on est parti !
Nous avons passé la journée au château et sur ses contreforts. Au retour, la maison nous sembla bien petite. Taraz ne se préoccupait pas de nos interrogations, il miaulait comme un fou, sa gamelle était vide.
- Ca vient mon bébé, calme-toi ! .... Je n’arrive pas à imaginer comment ils vivaient à cette époque, ce devait être grandiose, avec tous ces fastes !
Olya me regarda, sourit et dit :
- Grandiose ou pas, c’est l’heure du dodo ! Et ne te lève pas à chaque fois que tu entends un petit bruit !
- C’était pas un petit bruit Olya, et je me rappelle un truc bizarre, le gars qui s’est approché avec sa lanterne, il avait un bonnet, tu sais comme à la révolution, un bonnet rouge, rouge j’en suis sûr, sûr, sûr !
- Mon petit Greg viens te coucher, ça ne t’arrange pas de passer une journée dans un château, tu délires complet le soir ! Encore cinq minutes et tu me fais une révolution grandeur nature !
Elle éclata de rire.
- Je suis d’accord avec toi, en plus c’est vrai en pleine nuit je ne peux pas affirmer que c’était un bonnet ! La prochaine fois je leur demanderai d’aller jouer ailleurs !
Je suis surpris de voir la facilité d’Olya à s’endormir aussi rapidement. L’air de la campagne, sûrement. Je me demandais même si elle avait entendu la fin de ma phrase. C’est en la regardant dormir que les images et les questions de la journée s’estompèrent et que je m’assoupis.
Soudain le même bruit sourd que la veille me fit sursauter. Olya dormait, d’un sommeil profond, angélique. Je me levai doucement et me dirigeai vers la fenêtre. Saperlipopette, de nouveau cette bande de fouineurs, mais que cherchaient-ils à la fin. Je les trouvais plus nombreux cette fois, certains avaient de longs, très longs bâtons en main. Impossible de mieux les distinguer, il faisait trop sombre et le village n’avait pas d’éclairage public.
Je décidai de descendre et me poster derrière la fenêtre de la salle à manger. Là, je serais en mesure de mieux les voir et peut-être comprendre ce qui se tramait dehors. L’un d’eux s’approcha et me pointa du doigt. C’en était de trop, que voulait-il par ce geste ? En pyjama, je me dis que cette tenue n’était pas indécente et que la nuit aidant ils n’y prêteraient guère attention. J’ouvris la porte et allai à la rencontre de celui qui m’avait pointé du doigt.
- Bonsoir, puis-je savoir ce qu’il se passe ici en pleine nuit ?
Il me regarda et d’un air arrogant me dit :
- Citoyen ton nom ? …. Ton nom Citoyen ?
Je lui répondis sur le même ton :
- Ta seule politesse est de me demander mon nom ?
Puis il redit d’une forte intonation :
- Ton nom Citoyen ? Ton nom vite !
- Grégorian si cela peut te calmer !
Puis à quelques mètres de là, j’entendis une voix dire :
- Oui, lui il en est, il en est !
Ces mots à peine prononcés, quatre grands gaillards, charpentés comme des déménageurs, me tombèrent dessus, me ligotèrent pieds et poignets, et me jetèrent sur une charrette en bois.

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