Après le départ de ses parents, Taraz remontra le bout de son nez, sniffant les valises, les cartons, le sol et même l’air ambiant encore chargé du parfum d’Irina. Pour nous, une nouvelle vie venait de commencer.
Nous étions bien et les jours, les semaines passèrent sans que nous nous en apercevions. Un placement exceptionnel d’une assurance m’octroya une source de revenu inaccoutumée, agrémentée d’une prime pour l’occasion. Ayant déjà correctement géré nos besoins ménagers, je décidai de nous faire profiter de cette aubaine pour prendre des vacances. Olya acquiesça immédiatement.
- Ouah ! Nos premières vacances mon chéri, super !
Après avoir passé tant d’années dans le centre de Paris, je lui proposai immédiatement de nous tourner vers une petite location, appartement ou maison, à la campagne. Cela nous changerait du brouhaha quotidien ainsi que des effluves persistants de gazole et autres polluants que nous accumulions dans nos poumons. Ne trouvant rien d’intéressant dans les catalogues des agences, je me tournai vers les particuliers. L’un d’eux me proposa une petite maison, très ancienne, dans la vallée de Chevreuse face au parc régional. Pour une première, ce sera une bonne expérience, d’autant plus que n’étant pas trop loin de Paris, nous serions immédiatement de retour si le besoin s’en faisait sentir.
Les derniers jours qui nous séparaient du départ furent détestables. Nous avions l’impression que leur durée augmentait journellement.
- Bah ! Fis-je. Nous apprécierons d’autant plus nos 15 jours de vacances !
Le propriétaire nous l’avait annoncé comme étant un endroit exceptionnellement calme, pittoresque, plein de charme, un endroit rêvé pour jeunes mariés.
- Pas encore mariés ! Non pas encore !
Je ne sais pas combien de fois je vais devoir le répéter. Mais bonne nouvelle, en dehors du baratin classique des personnes qui cherchent à louer leur maison, il m’informa que les animaux étaient admis. Génial, ce sera également les premières vacances de Taraz. Mais va-t-il seulement s’en apercevoir ? Je vais quand même demander à mon vétérinaire quelles sont les précautions d’usage. Je n’aimerais pas que mon compagnon en fasse les frais, que ce voyage le traumatise ou qu’il m’en veuille de l’avoir transbahuté vers un endroit inconnu.
Bon ensuite ce sera la liste des affaires à emmener et des dernières courses à effectuer avant le départ. Je pense m’être dressé cette liste afin de faciliter notre départ, mais quand Olya la vit, elle ne put s’empêcher de se moquer.
- Chéri, t’es le roi de l’organisation. C’est comme ça que tu fais aussi les courses. On dirait que tu prépares le Paris - Dakar !
- Oui c’est c’la, c’est c’la, moque-toi de moi, t’as raison, en attendant ce n’est pas moi qui risque d’oublier quelque chose.
- Je te charriais mon chéri, mais tu avoueras que si tu oublies quelque chose tu n’auras pas l’air malin !
- Tu as raison, je vais potasser ma liste !
J’étais heureux, nous nous entendions à merveille et même dans des échanges verbaux, fussent-ils acerbes, c’était toujours avec beaucoup d’humour, d’amour et de tendresse.
Je voulais faire la location d’un véhicule pour l’occasion mais Irina nous prêta son coupé Mercedes. Certes pas très pratique pour les vacances, mais pour la circonstance, tellement moins cher que je n’ai pas hésité à accepter.
- Juste un petit souhait, ne m’en ramenez pas deux ! Dit-elle en rigolant.
De toute façon je me mettrai hors de cause, car c’est Olya qui prendrait le volant. A chacun sa responsabilité, moi c’était l’organisation et l’intendance.
Quand je voulus dresser le plan du trajet je me rendis compte qu’il n’y avait que trente-trois kilomètres à parcourir.
- Mouais ! Ce n’est vraiment pas à l’autre bout du monde, ce parc !
Olya m’entendit et s’esclaffa en me disant :
- Tu prévois une étape dans ton Paris - Dakar ?
- Bof, je sais que les organisateurs sont toujours critiqués, alors ne te gêne pas, ma chérie, faut que je m’y habitue !
Quand nous arrivâmes dans la vallée de la Chevreuse, je pus constater que le propriétaire n’avait pas autant exagéré que je l’avais imaginé. C’est incroyable comme à quelques kilomètres de Paris le dépaysement est total et radical. Nous mîmes à profit la traversée du village pour prendre nos repaires.
- Ah ! Une boulangerie …. Une épicerie …. Un coiffeur …. Coiffeur on s’en fout …. Un café …. Un PMU …. On s’en fout …. Bon, maintenant faut trouver la maison …. Près du parc, il a dit …. Prends à drooooiiiite …. C’est là …. Excellent …. Face au Parc …. Ouah ! Admire !
- Je vais vite récupérer les clés chez la voisine, c’est ce que m’a demandé le proprio !
« C’est une dame d’un certain âge, faut insister sur la sonnette » M’avait-il dit.
En effet, pour être d’un certain âge elle l’était, si ridée que je la voyais même centenaire.
- Des jeunes ! C’est bien, mais ne faites pas la fête à côté, je vous ai à l’œil ! Me dit-elle avec le sourire.
De retour à la voiture je dis :
- Alors, première chose, mettre Taraz dans la maison pour qu’il prenne ses repères, conseil du véto ! …. Ensuite tu vides la voiture …. Mais non, je rigole, t’as conduit, t’es sûrement fatiguée, je vais le faire !
Olya, les yeux grands ouverts, me rétorqua :
- Avec toi, pas besoin d’aller au cirque …. C’est séance permanente ! Bon, allons voir cette demeure …. A première vue, elle n’a pas l’air aussi grande qu’il l’a annoncé, mais ce n’est qu’une impression !
- Evidemment, ma chérie, tu as l’habitude chez tes parents d’avoir au moins cent mètres carrés pour une cuisine !
- Mais non, mais non, pour preuve, je me contente bien de ton appartement, et ça me suffit largement !
- Attends, je pousse la porte d’entrée et l’on verra tout de suite !
Ce fut une surprise en effet, la maison, étroite de façade, ne laissait pas présager d’une construction en profondeur. L’entrée donnait directement dans la salle à manger qui cachait le salon ainsi que la cuisine. Un petit escalier en pierre menait au premier étage dans une grande chambre à coucher avec salle de bain, et au bout de l’étage, une double porte donnait sur une terrasse qui surplombait un petit jardin.
- Génial, Taraz sera super content, il a de la place et le petit jardin fermé est parfait …. Olya …. Olya, c’est super, je vide la voiture et on va faire un petit tour dans le village ?
- D’accord mon chéri, je te donne un coup de main, ça ira plus vite, mais d’abord il faut que je déballe les affaires …. La cuisine m’a l’air sympa également …. Et au premier c’est comment ?
- Au premier c’est très grand, moi j’adore, vas vite y faire un tour avant que l’on sorte !
- Eh bien pendant que je visite le premier étage jette un œil au salon, il y a une superbe cheminée ! On pourrait y faire rôtir un cochon entier !
Pendant ce temps, Taraz courait dans tous les sens, reniflant, humant toutes les odeurs laissées par les précédents visiteurs.

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