Chapitre IV


Comme j’avais entrouvert la porte palière, j’entendais crisser le vieux bois des escaliers. Doucement, d’un pas régulier, elle se rapprochait.
De temps à autre je l'entendais prononcer ces mots : « ce n’est pas ici » quand tout à coup elle se retrouva face à moi.
- Bonsoir Greg !
Me fit-elle d’un large sourire.
Dans ses mains un grand carton plat, carré.
- Je ne savais pas si tu avais mangé, moi pas encore, alors je me suis dépêchée d’aller acheter une pizza, j’espère qu’elle sera bonne, et si tu en as envie je t’invite !
- Bonsoir Olya, moi je n’ai fait que grignoter et c’est avec plaisir que j’accepte ton invitation.
- Hooo ! le joli minou !
Évidement, maître chat par l’odeur alléché se colla à ses pieds et aurait pu lui tenir ce langage :
« Mange pas tout, s’il te plaît ! »
- Je te présente mon fidèle compagnon, Taraz, c’est mon chien d’appartement, enfin mon chat au comportement de chien, bien sûr, mais j’ai de la chance, il n’aboie pas.
- Je trouve qu’il a un aspect boulimique, ou bien est-ce sa race qui veut ça ?
- Ce n’est pas sa race, ce chat a un appétit d’ogre et je peine à le freiner, mais viens, enlève ton manteau que je te fasse le tour du propriétaire.
- Tu pourras remarquer qu'en se tenant au milieu de l’entrée, tu en fais vite le tour ! .... A gauche la cuisine intégrée, compacte, très pratique, avec un petit coin repas ! .... Plus loin, la salle de bain et ses toilettes, pas de baignoire, une douche, manque de place ! .... Ensuite au fond, la chambre à coucher ! .... Et sur la droite, mon salon et salle à manger, la plus grande des pièces, là où je passe le plus de temps ! .... Passons à la cuisine maintenant sinon ta pizza va être froide !
- C’est mignon chez toi, j’aime bien !
Fit-elle en me suivant.
Elle venait de lâcher son premier compliment et cela me mit à l’aise.
D’un air inquiet elle me dit :
- Au fait, pourquoi avoir baptisé ton chat Taraz ? c’est un drôle de nom pour un chat !
- Oui, tu as raison, mais le copain qui me l'a apporté avait le crâne rasé, comme beaucoup de jeunes en ce moment, alors j’ai décidé de l’appeler Taraz Bulba ! c’est un clin d’œil à mon copain et au véritable Tarass Boulba !
- Taraz Bulba …. faut oser, pour un chat, mais c’est comique !
Dit-elle et continua sur sa lancée :
- D’ailleurs, ton prénom, Grégorian, ce n'est pas courant et je ne savais même pas que cela pouvait exister comme prénom !
- C’est vrai que ce n’est pas courant, et pour preuve, depuis l’année 1900 à nos jours on a recensé trois Grégorian, tous nés la même année, en 1980, et j’en fais partie ! Mais toi, Olya, tu vas peut-être me dire que ton prénom est courant, évidemment !
- Pas en France, mais dans l’ex Yougoslavie d’où je suis originaire, évidemment !
- Ah ! tu es une ex Yougoslavette !
- Ha ! ha ! ha ! Greg tu déchires !
Sur ces bonnes paroles nous nous étions mis à table et avions avalé la pizza.
- Tiens !
Fis-je
- Il manque le ramasse miettes à poils !
- Eh bien pendant que tu débarrasses mon cher Greg, je vais voir où il se trouve, et cela me permettra également de faire un peu la curieuse !
Elle sortit de la cuisine et revint aussitôt
- Greg ?
- Oui, Olya !
- Ton chat, Taraz, aime-t-il les fleurs ?
- Le salopard, il a renversé le vase ?
- Non, mais …. il a sorti toutes les fleurs du vase et en a fait des confettis !
- Bon, je vois que le gaver ne sert à rien, en tout cas surtout pas à lui embrumer le cerveau puisqu’il continue les mêmes bêtises.
- Je crois qu’il est à l’égal de son maître …. n’est-ce pas Greg ?
- Ha ! ha ! ha ! Olya tu déchires ! …. toi aussi ! .... Je passe un petit coup d’aspirateur, je fais couler le café en même temps, et on passe au salon, si tu veux bien ?
- O.k. ça marche pour moi !
Assis sur le canapé, nous passâmes un long moment à discuter de choses et d’autres, puis subitement, je m’étais redressé, comme pour annoncer la venue d’une question importante. Olya, surprise, s’arrêta net, me regarda et dit :
- Oui Greg, eso pasa !
- Désolé, je ne voulais pas t’interrompre, mais là, subitement m'est revenue en mémoire la question que je voulais te poser !
- Ne te gênes pas, pose la ta question !
- D’accord, …. c’est en rapport avec un piano !
Rire
- Tu vois ce que je veux dire ? …. l’autre jour, c’est vrai, je le reconnais, je ne captais pas ce que tu me racontais, je suis désolé, peux-tu me remémorer ce passage, s’il te plaît ?
- Comme tu me le demandes gentiment c’est d’accord, mais tu noteras au passage que c’est à caractère exceptionnel !
Rire
- Je joue du piano depuis une dizaine d’années et je ne savais pas si je devais en faire mon métier, vu que j’adore le piano, ou bien continuer mes études d’avocate !
- Voilà, et ma question, ce fameux jour, quand ton cerveau était dans les limbes, c’était, que ferais-tu à ma place ?
Je me mis à me gratter la tête et à écarquiller les yeux en me pinçant les lèvres pour bien lui faire comprendre que même en sachant la question je me retrouvais dans l’impossibilité de lui répondre. Elle continua sur sa lancée :
- Si tu veux m’entendre jouer du piano, c’est très facile, tu viens à la maison. Moi j’habite encore chez papa et maman et ça me donnera l’occasion de te les présenter !
Elle regarda sa montre et poursuivit :
- Oups, vu l’heure, je pense que la séance cinéma de ce soir est à oublier !
Nous étions tellement absorbés par nos récits, commentaires, explications, que nous n’avions même pas vu le temps s’écouler. Nous étions bien.
Olya prit congé et, sur le pas de la porte se retourna, me regarda dans les yeux et me dit en souriant :
- J’aime ton chez-toi, c’est très agréable, y a même de la place pour deux, rappelle-moi vite !
Elle dévala l’escalier et disparut dans la nuit.
Je m’assis à côté de Taraz, le pris dans mes bras, le serrai fort contre mon torse et lui chuchotai dans l'oreille :
- Tu vois, c’est ce que j’aurais du faire avec elle, mais ça viendra, faut juste me laisser un peu de temps ! .... De toute façon mon petit Taraz je crois qu’elle a une idée derrière la tête que cela ne m’étonnerait pas ! .... Elle m’apprécie, peut-être même plus, qui sait, depuis le temps que l’on se côtoie, elle a du prendre ses repères, me juger, m’analyser, comme le font toutes les filles ! .... Moi tu vois, je la trouve très agréable, une fille comme j’aimerais en avoir une, mais bon, attendons, ne soyons pas pressés mon bébé, mais toi, du moment que tu as ta gamelle pleine, le reste ne te dérange pas vraiment.
Je venais de passer l’une des plus agréables soirées de ces dernières années et certainement la plus importante. C'était celle qui allait changer ma vie. Après son départ je n'avais souhaité qu’une seule chose, pouvoir la renouveler, encore, encore et encore.

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