Chapitre II


Eh bien voilà comment en quelques mots, certes aidé d’un chemisier transparent, je me mis à rougir, comme si je venais de commettre une faute irréparable.
- Ha !
Fis-je,
- Tu veux vraiment que ce soit moi qui commence ? .... Bon, ok, bon bon bon !
Je ne savais par quel bout commencer. Que lui dire en premier, ma gorge se noua de peur de ne trouver mot. Fallait au moins gagner un peu de temps,
- Par quoi voudrais-tu que je commence ?
Elle se mit à rire, comprenant mon embarras, et sans se démonter me répliqua :
- Mais par le commencement mon cher !
- Mouai, par le commencement, voyons voyons, le début en quelque sorte si j’ai bien compris !

Son rire ne la quittait plus, ils étaient vraiment fait l’un pour l’autre, et je pense que ma tête devait accélérer ce processus de coalition.
- Oui, par le début, ou le commencement, mais ne remonte pas à l’époque du spermatozoïde, je ne pense pas que cela soit vraiment utile, quoi que …. !
Nouvel éclat de rire.
Sa désinvolture à m’envoyer ces répliques me sidérait, moi, si habitué à ce genre de fanfaronnade entouré de mes copains, voilà que seul, j'étais devenu muet comme une carpe. Cette timidité fracassante m'a toujours paralysé, terrorisé, pourtant elle n'était ni un ogre ni un démon, alors avec quelques inspirations bien profondes je pus retrouver ma lucidité et enfin arriver à prononcer ces mots tant attendus :
- D’accord !
Avec un grand ouf de soulagement. Voilà c’était fait, je l’avais dit, mon premier mot qui devait précéder l’avènement de mon récit. Elle écarquillait déjà les yeux, d’impatience, et me répondit aussi rapidement :
- C’est bien !
Esquissant à nouveau un large sourire.
- Eh bien si on supprime le passage mouvementé du spermatozoïde et toute mon adolescence, il ne va pas rester grand-chose à dire !
Fier de moi, de ces quelques mots, car je venais de retrouver mes esprits et mon sens de l’humour mais non sans mal. Et je poursuivis sur ma lancée
- Ce n’est pas que mon adolescence soit sans intérêt, mais ayant habité la proche banlieue et ayant continué mes études sur Paris, je n’ai gardé aucun contact de mes anciens petits copains, et les souvenirs d’enfance ne m’ont pas laissé de souvenirs impérissables.
Elle m’interrompit :
- Mais, tu n’as pas de parents, pas de frères ou sœurs, juste un passé ?
Éclat de rire.
- Ah ! Oui c’est important ça aussi !
Fis-je niaisement,
- Si si, j’ai des parents, genre père et mère, si tu vois ce que je veux dire, et j’ai un petit frère, de deux ans mon cadet .... Je pense que tu finiras par les rencontrer, si d’aventure une aventure s’aventure entre nous.
Eh bien voilà mon petit bonhomme qu’après avoir eu le bec cloué quelques instants, tu t'es mis à sortir une tirade ubuesque.
Son regard devint interrogateur.
- Et …. ?
Fit-elle.
- J’ai fait un bac pro de commerce. A vrai dire ne me demande pas pourquoi, je ne saurais y répondre. Depuis ma plus tendre enfance, je n’ai jamais su si je voulais devenir clown, astronaute, musicien, chanteur, mais riche, oui ça c’est sûr, je voulais devenir riche. Comment ? bien ça aussi je ne l’ai jamais su, par contre je m’y emploie fortement, certes sans résultats probants pour l’instant mais je ne désespère pas.
Je lui expliquais que c’était bardé de cet énorme diplôme de commerce que j’avais trouvé mon premier emploi, courtier en assurance vie, que quelques bons contrats m’ont permis d’aménager mon petit appartement d’une manière très coquette, une vraie garçonnière, et de mener en parallèle, une vie assez dissolue à entendre mes copains, mais tellement riche en émotions. Et quand l’occasion se présente, c’est avec délectation que je prends mon sac à dos pour partir en vacances avec ma soif de vivre et de découverte.
- Voilà, je pense avoir brossé rapidement un portrait sommaire de celui qui se trouve en face de toi et je pense que le reste est à découvrir au fil des jours, si tu m’en laisses le temps, bien sûr.
Olya, sourire aux lèvres, passa ses deux mains dans les cheveux pour les rejeter en arrière. Soudain une question sans réponse me traversa l’esprit, pourquoi toutes les filles se passent les mains dans les cheveux pour les rejeter en arrière comme par mépris, comme par un dérangement constant, perpétuel, agaçant, ou est-ce un tic collectif, inné, propre à la gent féminine aux cheveux longs. Hum, dur d’imaginer une réponse sans me prendre une remontrance. Bon, pour cette fois j'allais rester sur ma faim, une fois de plus, mais ce qui était sûr, c’est que dès que l’occasion se présenterait je poserais la question. Enfin …. Peut-être.
Elle hésita, ne sachant si elle devait poursuivre sur un interrogatoire pour en savoir plus. Je saisis la balle au bond et lui dis :
- Bon, puisque je vois que tu trépignes d’impatience d’en dire plus à ton sujet, eh bien ne te gênes pas, dis-moi tout, enfin tout ce que tu as envie de me dire, évidemment.
Quand elle prit la parole, mes oreilles se fermèrent et mes yeux plongés dans ses yeux comme dans un océan, cherchaient la moindre émotion qui pouvait en jaillir, et soudain j’entendis :
- …. Piano …. Tu m’écoutes là …. ?
Moi :
- Oui oui, je t’écoute bien sûr !
Elle continua et sa voix si mélodieuse me berçait, et je rêvais de sable blond et chaud, de mer tropicale, et plonger dans son chemisier …. !
- …. Devenir avocate …. Tu m’écoutes là …. ?
Moi :
- Oui oui, bien sûr !
Trop fort pour moi, ses yeux, sa bouche, son nez, son visage tout entier, son chemisier, trop, c’était trop à la fois, je n’arrivais plus à me concentrer, même écouter, pas même une parcelle, rien, rien de rien, ses mots n’arrivaient pas à mes oreilles, et je ne me rendais même pas compte que cela faisait trois minutes qu’elle ne disait plus rien et qu’elle m’observait en silence, quand soudain elle me dit :
- Tu penses à quoi ?
La question qui tue. Intriguée par mon attitude elle voulait en savoir plus.
- Eh bien, je pense que tout cela est bien, c’est un bon devenir …. !
- Mais tu n’as pas répondu à ma question !
Dit-elle.
Là, je me suis senti comme à mes seize ans sur les bancs de l’école quand j’observais un pigeon sur le rebord de la fenêtre et que le prof me disait :
« Grégorian a son lobe pariétal connecté directement avec la quatrième dimension, cinquième planète à gauche après Vénus ! ».
Sur quoi je répliquais :
« Désolé Monsieur ! »
J’avais l’air bien malin maintenant, et elle me dévisageait toujours avec cet air interrogateur, cherchant une vérité cachée, un signe annonciateur de nouvelle, alors que je cherchais dans les plus profondes cellules de mon cerveau la trace de la fameuse question.
- Eh bien moi, ma chère Olya, si j’étais à ta place, je ferais …. Je …. C’était quoi la question d’ailleurs ?
Elle partit dans un éclat de rire :
- Je l’aurais parié à voir ta tête que tu n’écoutais pas mes paroles mais tes idées lubriques en me dévisageant le soutif !
Voilà, je ne savais plus où me mettre, victoire totale par k.o. de la gent féminine. L’homo-sapiens n’avait plus qu’à bien se tenir et à faire son mea-culpa.

Aucun commentaire: